Depuis le début des années 2010, le nombre de contrats souscrits dans le cadre du PERP est en une forte augmentation et 2014 aura été une année exceptionnelle : certains acteurs du secteur ont connu des collectes de fonds en croissance de plus de 100% par rapport à l’année précédente (c’est le cas du groupe Suravenir; source Cbanque).

Ce produit financier semble donc bien bénéficier de la nouvelle dynamique en faveur de l’épargne retraite. Celle-ci est liée à une prise de conscience des Français d’une baisse progressive et inexorable des niveaux de pensions de retraite dans les années à venir. 

Qu’est-ce que le PERP (ou « Plan d’Epargne Retraite Populaire ») ?

Ouvert à tous (salariés, commerçant, fonctionnaires…), le PERP est un contrat d’épargne à long terme avec une sortie obligatoire en rentre viagère à l’âge de la retraite. Sur option, un reversement sous forme de capital reste possible à hauteur de 20% des sommes investies. Comme pour l’assurance-vie, vos versements sont libres ou programmés, et investis, au choix, sur des fonds sans risques (en euros) ou plus spéculatifs (fonds en actions). Enfin, une partie des versements correspondant à votre tranche d’imposition (TMI) est déductible de vos revenus imposables.

En résumé : en contrepartie d’un effort d’épargne pendant une partie de votre vie active, vous percevez donc à la retraite une rente à vie (réversible sur option), le mécanisme étant associé à une déduction fiscale au cours de la phase d’épargne.  Afin de vous encourager à vous constituer ce complément de revenu une fois à la retraite, le législateur a en quelque sorte prévu « une carotte fiscale ».

Présentée ainsi, le PERP est une offre intéressante qui répond à une double préoccupation :

  1. La constitution d’un revenu complémentaire pendant toute la durée de la retraite (et même au-delà avec la possibilité de réversion au conjoint ou à un proche !)
  2. La possibilité de défiscaliser !!

Les documents relatifs au PERP et les argumentaires des conseillers en gestion de patrimoine ne manqueront d’ailleurs pas d’insister sur ces 2 points :

  • la rente viagère (ou « à vie ») : on vous dira qu’avec l’allongement de l’espérance de vie il est important sinon nécessaire d’avoir un revenu complémentaire garanti à vie parallèlement aux versements de vos pensions de retraite des régimes obligatoires et complémentaires dont le taux de remplacement ira en diminuant dans les années à venir. D’autre part, avec la possibilité de réversion vous protégez  l’avenir de vos proches.
  • L’effort d’épargne n’est pas si important puisqu’il s’accompagne d’une déduction fiscale : vous obtenez en plus un gain d’impôts ! C’est la cerise sur le gâteau !!

On mettra également en avant le fait qu’outre les conditions classiques de déblocage des fonds avant le terme de la retraite (chômage, handicap, décès du conjoint…), le détenteur du PERP conserve la possibilité de bénéficier de la totalité de son épargne sous forme de capital si au moment de la retraite il n’est pas propriétaire de sa résidence principale.  Les fonds versés lui serviront alors à faire l’acquisition de son domicile.

Dans ces conditions, vous ne pouvez pas ne pas signer…Et pourtant…

Contrairement à l’affichage, le PERP n’est ni un plan d’épargne ni un produit populaire !

1. Le PERP est avant tout un outil de défiscalisation destiné aux contribuables les plus imposés !!

Savez-vous que l’intérêt de la déduction fiscale est proportionnel à votre taux marginal d’imposition ? c’est-à-dire que plus vous vous situez dans les tranches élevées ( 41 et 45%), plus le PERP peut se révéler intéressant.

Ainsi, pour un versement de 1000 € sur un PERP, vous obtiendrez une déduction d’impôts de 410 € si votre TMI (taux marginal d’imposition) se situe dans la tranche à 41%.

Mais la déduction n’est plus que de 140 € si vous êtes imposés à 14 %.

Pour déterminer votre TMI, le fisc divise votre revenu annuel par votre nombre de parts, puis en 5 tranches (0%, 14%, 30%, 41% et 45%).

Exemple : un couple marié avec 2 enfants mineurs (soit 3 parts pour le foyer fiscal) déclare un revenu net imposable de 45 000 €. Il sera par conséquent imposé sur 15 000 € (45 000 / 3). Son TMI « n’est donc que » de 14% puisque cette tranche couvre les revenus allant jusqu’à 26764 €.  Pour passer dans la tranche supérieur (30%), le même couple devrait percevoir des revenus annuels supérieurs à……80 000 € !!!

Ce n’est qu’à cette condition et en plaçant 1000 € sur un PERP que ces contribuables pourraient bénéficier d’une déduction d’impôts de (seulement) 300 €.

Il est donc évident que seul un nombre restreint de contribuables pourront obtenir un avantage fiscal suffisamment important (ceux qui sont dans les tranches à 41 et 45%)  pour accepter en contrepartie de bloquer leur épargne jusqu’à l’âge de la retraite.

2. Une épargne mal rémunérée car très souvent lourdement chargée en frais et offrant généralement une rentabilité moindre :

Si vous souhaitez valoriser votre épargne en vue de votre retraite, le PERP n’est certainement pas le produit le mieux adapté à votre objectif car la majorité des contrats sont assortis de frais d’entrée particulièrement élevés (jusqu’à 5% !). Quant aux frais de gestion, ils situent généralement entre 0,85 et 0,95 % de l’épargne gérée et sont donc bien supérieurs à ceux pratiqués par exemple dans le cadre des bons contrats d’assurance-vie (avec une moyenne de 0,60% de frais).

Pour ce qui est de la rémunération de l’épargne investie, les supports en euros se caractérisent souvent par un rendement inférieur à ceux distribués par les meilleurs contrats d’assurance-vie. Enfin, toujours comparativement à l’assurance-vie, le choix des unités de compte est généralement moins important et celles-ci font rarement partie des meilleures de leur secteur.

Connaissez-vous l’erreur la plus fréquemment faite par les contribuables qui souscrivent un PERP ?

En souscrivant un PERP, vos versements sont déductibles de vos revenus imposables selon un plafond fixé annuellement (30 038 € en 2015) et proportionnellement à votre TMI.

Cependant, il s’agit bien d’une DEDUCTION et non d’une REDUCTION d’impôts (déduction et réduction d’impôt sur le revenu : quelles différences ?). Autrement dit, l’avantage fiscal doit être déduit des revenus déclarés et non du montant imposable !!! En effet, il est déduit des revenus et non des impôts comme le croient bien souvent certains épargnants.

Si vous placez 1000 € sur un PERP et que votre TMI est de 14%, ce n’est donc pas 140 € qui sont retranchés de vos impôts mais cette somme vient uniquement en déduction de vos revenus déclarés. Dans l’exemple du couple avec 2 enfants qui déclare un revenu imposable de 45 000 € on diminuera ce montant d’une somme correspondant à son TMI soit 45 000 € – 140 € (pour 1000 € bloqués jusqu’à l’âge de la retraite sur un PERP ! ).  Au moment pour ce couple de régler son impôt sur le revenu, la différence avant et après souscription à un PERP sera donc en fait minime, voire dérisoire…

L’INTERET DU PERP EST FORTEMENT CONDITIONNE PAR VOTRE SITUATION PATRIMONIALE ET VOTRE CAPACITE D’EPARGNE

Pour que le PERP puisse présenter un intérêt, il faut non seulement être fortement imposé mais aussi disposer d’une capacité d’épargne importante.

Prenons l’exemple d’un célibataire, cadre supérieur ou chef d’entreprise percevant des revenus annuels de 72 0000 € (TMI à 41%).  Sa capacité d’épargne est suffisante pour placer sur son PERP le plafond maximum autorisé, soit 30 038 € (limite légale fixée pour 2015). Le versement de cette somme sur son PERP lui apportera donc un avantage fiscal de 12 315 € (30 038 / 100 x 41). Ce qui ramène son revenu imposable à 59 686 et fait passer son TMI à 30 %.  L’économie d’impôts à régler au fisc est effectivement non négligeable mais l’effort d’épargne est particulièrement considérable…. Sans compter qu’il faut consentir à définitivement aliéner ce capital jusqu’au moment de la retraite (sauf dispositions prévues par la loi)…

 Avant de souscrire un PERP il est donc indispensable que vous procédiez à des simulations chiffrées pour en mesurer l’intérêt réel, en tentant compte à la fois de votre situation fiscale et patrimoniale.